CHAPITRE 13

C’est un droïde qui demande à un autre : « Tu as battu le Wookiee au sabacc ? » Et l’autre lui répond : « Oui, mais ça m’a coûté un bras. »

 

Jacen Solo, quatorze ans

 

— La médecine ne fait-elle pas des miracles de nos jours ? demanda Caedus. (Personne ne répondit évidemment. Il s’agissait d’une question de pure forme.) On a davantage de risques de mourir percuté par un météore que de vieillesse ou d’une maladie.

Un peu plus d’une semaine après avoir perdu un membre, Caedus faisait les cent pas dans la chambre d’hôpital. De son bras valide, il agitait une seringue remplie d’une préparation spéciale de protocellules et de stimulants de croissance neurale. Il avait l’esprit vif, concentré et empli d’un optimisme énergisant qu’il n’avait pas ressenti depuis l’époque de l’Académie Jedi sur Yavin 4.

— Et aujourd’hui, deux droïdes un-B peuvent remplacer une rotule explosée par un blaster avec une prothèse en ilinium qui durera plus longtemps que l’original. (Caedus s’arrêta près du seul lit occupé du pavillon et montra le moignon de son bras coupé où l’on voyait encore la cicatrice blanche fondue où la peau avait été refermée sur l’os.) Ils auraient pu rattacher mon vrai bras si j’avais accepté de rester allongé ici pendant deux mois. Caedus frappa intentionnellement sa rotule contre le montant du lit qu’il secoua si fort que son occupant, une jeune femme vigoureuse aux cheveux bruns et bouclés et aux yeux noirs, tressaillit. Il sourit et tint la seringue au-dessus du lit, à portée de la femme... si elle avait pu bouger les bras.

— Oui, la médecine d’aujourd’hui peut même reconstruire les nerfs d’une moelle épinière brisée. Une petite injection... (Caedus regarda l’aiguille qui était presque aussi longue que son doigt.) ... bon, peut-être pas si petite, suffit pour entamer le processus.

Des larmes montèrent aux yeux noirs de la femme et elle détourna le regard.

— Allez, Mirta, dit Caedus. Cette guerre sera bientôt terminée et tu seras relâchée avec tous les prisonniers de l’Alliance. Il n’y a aucune raison pour que tu sois bloquée sur un fauteuil flottant lorsque ce moment viendra.

Jusqu’ici, la femme n’avait pas dit un mot, pas même pour donner son nom. Mais même si le processus de reconnaissance des terroristes de la GAG ne l’avait pas identifiée, Caedus l’aurait reconnu. Elle avait la bouche de sa mère et les yeux froids et morts de son grand-père, après tout. Et plus important encore, il sentait sa colère brûler dans la Force et c’était ce qui l’identifiait le plus clairement : son obsession de chercher à venger la mort d’Ailyn Vel.

— Mais nous devons entamer le processus rapidement, avant que les dégâts ne deviennent irréversibles, dit Caedus. Combien de Jedi accompagnaient ton équipe ?

Mirta continua à détourner les yeux, mais son visage pâlit et, d’une petite voix enrouée, dit :

— Va... te... faire voir.

— Ha... elle parle. Enfin du progrès.

Le sourire de Caedus était sincère. Une réponse, n’importe laquelle, indiquait qu’il avait trouvé une faille dans son armure.

Puis les portes de la chambre s’ouvrirent et le visage de Mirta se durcit lorsqu’elle reprit contenance et regarda qui arrivait. Caedus tourna les talons, déjà prêt à infliger à l’idiot qui ne tenait pas compte de ses ordres de le laisser seul avec elle un éclair de Force, puis, en voyant de qui il s’agissait, il comprit pourquoi il ne l’avait pas entendu arriver. Après avoir appris à se dissimuler dans la Force, Tahiri avait commencé à se servir de cette technique, comme Caedus, tout naturellement.

— Ha, Tahiri. Tu arrives juste à temps. (Il l’invita, d’un geste, à entrer dans la pièce, puis se retourna vers le lit.) Mirta était sur le point de nous dire qui m’a coupé le bras.

Tahiri resta silencieuse un instant puis dit :

— Je crois que vous le savez déjà, Mon Seigneur.

— Les apparences sont parfois trompeuses, dit Caedus. N’est-ce pas, Mirta ?

La femme se contenta de le regarder en silence.

— Nous revenons au point de départ, hein ? (Caedus poussa un soupir et regarda la seringue avec tristesse avant de se retourner vers Tahiri.) On dirait que notre prisonnière est prête à passer le reste de sa vie attachée à une planche. Je suppose que tu es venue faire ton rapport. Tu peux commencer.

Tahiri fronça les sourcils.

— Ici ?

— Inutile d’avoir peur de trahir nos secrets, dit-il en regarda par-dessus son épaule. La prisonnière semble-t-elle avoir une chance de s’échapper ?

La colère de Mirta bouillonna dans la Force, comme une frappe de turbolaser, soufflant si férocement sur Caedus qu’il la sentit presque physiquement. Il s’autorisa à sourire – plus pour indiquer ses intentions à Tahiri que pour se féliciter, évidemment – et se mit à réfléchir à la façon dont il allait pouvoir détourner cette rage à son avantage, la rediriger vers quelqu’un qui lui avait causé des ennuis dernièrement.

Tahiri regarda au-delà de Caedus vers le lit, se demandant visiblement si elle devait relayer son information devant un ennemi, même s’il n’était pas en état de combattre, puis finit par dire :

— J’ai peur de devoir vous annoncer un échec, Mon Seigneur.

— Ton plan visant à découvrir l’emplacement de la base secrète Jedi a échoué, présuma Caedus. (En réalité, les grandes lignes du plan venaient de lui, mais l’échec découlait apparemment des détails dont s’était chargés Tahiri.) Ben a échappé à ta surveillance.

— Échappé n’est pas tout à fait juste, dit Tahiri. Il a découvert le, heu, l’agent qui le suivait et s’en est chargé.

Caedus fronça les sourcils, mais pas parce que Tahiri avait perdu la trace de Ben. Il l’avait vu dans ses visions et avait pris d’autres mesures. Il n’aimait tout simplement pas l’idée de perdre son droïde de sécurité secret. SD-XX avait beau être irritant, le Sith avait l’impression, dernièrement, qu’il était le seul qui le comprenait vraiment.

— Et... l’agent ? demanda-t-il.

Tahiri avait eu raison de ne pas parler de SD-XX devant Mirta. Caedus comptait la renvoyer à Boba Fett en un seul morceau et il préférait garder secrète l’existence de son droïde de sécurité.

— Fonctionne-t-il encore ?

— Je ne sais pas, répondit Tahiri. Nous n’avons pas pu le récupérer.

Caedus s’efforça de ne pas montrer sa colère. Il avait déjà fait l’erreur de laisser ses émotions prendre le contrôle et cette bévue lui avait coûté bien plus que Fondor et les déserteurs que le traître Niathal avait volés. Cela lui avait coûté l’amour de sa fille, cela lui avait coûté Allana.

Lorsqu’il fut certain de paraître légèrement ennuyé plutôt qu’en colère, il demanda :

— Pourquoi ?

Les yeux de Tahiri se mirent à briller.

— Nous étions occupés ailleurs, Mon Seigneur, dit-elle. J’ai vu une autre occasion d’apprendre l’emplacement de la base secrète Jedi et je l’ai saisie.

Comme Tahiri ne poursuivait pas, Caedus fronça les sourcils et dit :

— Tu comptes vraiment me le faire demander ?

Tahiri sourit et il comprit qu’il s’agissait de quelque chose d’important.

— Oui.

La joie que lui procurait son triomphe était contagieuse ; Caedus se surprit à sourire.

— Très bien, dit-il. Qu’as-tu saisi exactement ?

— Le Coureur de Rayon, répondit Tahiri. Avec le Prince à bord.

Caedus leva un sourcil.

— Tu as capturé Isolder ?

Tahiri hocha la tête.

— Oui.

— Et il a dévoilé l’emplacement de la base Jedi ?

— Pas encore, dit-elle. Mais avant de perdre le contact, notre agent a rapporté une conversation dans laquelle il était rapporté que Tenel Ka n’avait dit à personne où se trouvait la base.

Une ombre passa sur le visage de Tahiri puis elle ajouta :

— Je me disais que vous voudriez l’interroger vous-même. J’ai... j’ai tué le dernier sujet que j’ai interrogé.

Caedus compatit. Il se rappela comment il s’était senti lorsque son premier suspect était mort durant un interrogatoire : à la fois horrifié, frustré et honteux, mais surtout apeuré par ce qu’il devenait. Il lui aurait bien posé une main sur l’épaule, mais la seule qu’il avait tenait une seringue avec une très longue aiguille. Il dit alors :

— Ce n’est pas de ta faute, Tahiri. Le suspect a sa propre vie entre ses mains. S’il ne coopère pas, nous ne pouvons être tenus pour responsables des conséquences.

— Je sais, dit Tahiri. Mais j’étais en colère...

— Nous commettons tous des erreurs, l’interrompit Caedus que les remords de la femme commençaient à rendre impatient. (Il l’avait absoute de sa culpabilité, que demandait-elle de plus ?) Où se trouve Isolder ?

Un éclair de douleur apparut dans les yeux de Tahiri, mais elle se reprit rapidement.

— Le Prince est en sécurité dans la prison de l’Anakin Solo, avec le reste de l’équipage du Coureur, dit-elle. J’ai proposé de l’enfermer dans l’une des cabines VIP, mais il a refusé de me garantir qu’il se comporterait correctement.

— C’est un homme d’honneur, dit Caedus en acquiesçant. (Il repensa aux nombreuses fois où, depuis l’époque de ses études sur Yavin 4, il avait imaginé Isolder devenir son beau-père, et il eut un pincement au cœur.) Je suis heureux qu’il ne soit pas nécessaire de l’interroger, du moins pas en utilisant la manière forte.

Tahiri fronça les sourcils, troublée.

— Il ne m’a pas paru être du genre à céder facilement.

— Il ne l’est pas, confirma Caedus. Mais j’ai déjà appris où se trouvait la base Jedi.

Tahiri resta bouche bée, mais parut trop stupéfaite pour demander comment.

Caedus ferma les yeux et se tourna vers l’espace hapien.

— Dans les Brumes Transitoires, de ce côté du Consortium, quelque part entre le Dépôt de Roqoo et Terephon, je dirais. (Il ouvrit les yeux et se tourna vers Tahiri.) Je serai plus précis à mesure que nous approcherons.

Les sourcils de Tahiri se levèrent tellement que les cicatrices sur son front s’inclinèrent. Elle semblait avoir des dizaines de questions à lui poser, mais elle ne réussit qu’à dire :

— Comment ?

Caedus sourit.

— C’est dans mon sang, Tahiri.

Il ne dit rien de plus ; ce n’était ni le moment ni l’endroit pour expliquer comment les Sœurs de la Nuit utilisaient des pistes de sang. Les combats autour du système de Roche devenaient de plus en plus acharnés, mais il ne pouvait pas partir – il n’osait pas – avant de comprendre ce qui lui était arrivé dans le Forum de Planification Tactique. Il combattait Luke et, un instant plus tard, affrontait Jaina, puis tous les deux, pas seulement sous forme d’illusions, mais suffisamment présents pour renvoyer des tirs de blasters sur les stormtroopers qui les attaquaient.

— Viens ici, dit Caedus en faisant signe à Tahiri de s’approcher du lit de Mirta. Tu es une femme, tu trouveras peut-être un moyen de lui faire dire qui était le Jedi dans son équipe.

Tahiri obéit et s’approcha du lit, mais Caedus vit à la façon dont elle détournait les yeux qu’elle n’avait plus envie de pratiquer des interrogatoires sévères. Bien entendu, cela signifiait qu’il importait d’autant plus qu’elle s’y remette, pour qu’elle se rappelle qu’un Sith ne laissait jamais ses sentiments personnels interférer avec sa mission.

— Le sujet ne sent plus rien en dessous des épaules et nos options sont donc limitées, expliqua Caedus en adoptant un ton impersonnel qui, il l’espérait, faciliterait les choses à Tahiri. Et j’ai l’impression qu’elle a de toute façon envie de mourir. Les menaces de mort ne fonctionneront donc pas non plus ?

— Elles n’ont jamais fonctionné.

Le regard de Tahiri remonta le long du corps de Mirta recouvert d’un drap. Caedus comprit alors que sa stratégie marchait et qu’elle commençait à se concentrer sur son problème et non plus sur elle-même.

— Mais elle est en partie Mandalorienne, non ? demanda Tahiri.

— Peut-être même complètement, dit Caedus. D’après leur culture, ce que tu prétends être est plus important que le sang qui coule dans tes veines. Le dossier dit qu’elle a même épousé un Mandalorien récemment. Pourquoi ?

— Les Mandaloriens sont bien trop fiers, dit Tahiri. Même suffisants. C’est la plus grande faiblesse que j’ai discernée chez eux.

Caedus y réfléchit un moment puis demanda.

— Tu penses à une humiliation ?

Tahiri acquiesça.

— Mais nous devrons aller plus loin. Le sujet est une femme plutôt jolie pour le genre de travail qu’elle pratique et elle doit donc être vaniteuse.

Caedus jeta un coup d’œil au visage de Mirta et comprit par la poussée de peur qu’il sentit dans la Force que Tahiri avait touché un point sensible.

— Donc, la défiguration, dit-il. Je déteste ça.

— Comme tout le monde, dit Tahiri. Mais elle appartient à la famille de Fett, non ? Comparée à tous les problèmes émotionnels qu’elle a déjà, une petite humiliation n’est rien. Pour la briser, il faut la mutiler tellement que les gens auront pitié d’elle. Puis, si elle ne donne toujours pas ce que nous voulons, nous la renvoyons sur Mandalore.

Ceci fit lever la tête de Mirta.

— Allez-y, espèce d’enfoirés de bouffeurs de merde du Côté Obscur ! Vous n’avez qu’à essayer.

— La défiguration te poserait donc problème ? demanda Caedus. (Il regarda Tahiri avec admiration.) On dirait que tu as trouvé le Yuuzhan Vong qui est en toi. Bravo.

— Merci, dit Tahiri avec une réelle fierté, à présent complètement concentrée sur sa tâche. Tu peux me traiter de tout, Mirta, mais le choix te revient. Nous ne sommes que les instruments de ta décision.

— Va te noyer dans une fosse à merde, répliqua Mirta. Tu es morte.

— Mirta, aucune raison d’en vouloir à Tahiri, dit Caedus en mettant la puissance de la Force dans ses mots et en utilisant son énergie pour les incruster dans l’esprit de la prisonnière. Ce n’est pas elle qui t’a envoyée sur cette mission.

Le regard de Mirta lança des éclairs vers Caedus.

— Je me suis portée volontaire.

— Évidemment, dit Caedus sur un ton raisonnable. Tu es la petite-fille de Boba Fett. Que pouvais-tu faire d’autre ?

Il lut le choc dans ses yeux lorsqu’elle comprit ce qu’il tentait de faire. Peu importait. Il avait le temps et la Force avec lui. Avec ces deux alliés, la seule question était de savoir combien de temps il lui faudrait pour la convaincre que ses souffrances étaient de la faute de son grand-père, que Fett l’avait envoyée sur une mission dont il était persuadé de l’échec. Et lorsque Caedus aurait accompli cela, il n’aurait plus qu’à se reculer et à laisser la nature mandalorienne reprendre ses droits.

Comme aucune autre insulte ne jaillit de la bouche de Mirta, Caedus haussa les épaules et se tourna vers Tahiri.

— La seule menace ne fonctionnera pas sur ce sujet, dit-il. Je vais faire apporter un miroir pour qu’elle puisse voir ce qu’on lui fait.

Il s’approcha du mur et appuya, d’une articulation, sur le bouton d’appel. Lorsque la porte de la chambre s’ouvrit un instant plus tard, il découvrit avec surprise que le garde vêtu de noir de la GAG était accompagné d’une médecin à l’uniforme blanc portant un insigne des Vestiges sur le col. Dans sa main fine, elle portait un kit de prise de sang.

Avant que son garde puisse expliquer la présence de la femme, Caedus se tourna directement vers elle.

— Vous avez besoin de quelque chose, lieutenant ?

La femme pâlit, mais fit claquer ses talons et inclina la tête.

— Seigneur Caedus, les Moffs exigent un échantillon du sang du prisonnier pour leur base de données génétiques.

— Plus tard, dit Caedus. (Il voulait bien collaborer avec les Moffs, mais pas au beau milieu d’un interrogatoire, pas alors qu’il commençait tout juste à progresser.) Vous pouvez attendre dehors jusqu’à ce que nous ayons fini ou laisser votre identifiant de comlink à l’un des gardes.

— Oui, Seigneur Caedus.

La femme parut si soulagée que Caedus dut se demander si les rumeurs concernant ce qu’il avait fait au lieutenant Tebut s’étaient déjà propagées dans les autres corps d’armée ; cela lui rappelait également ce que lui coûtait l’erreur qu’il avait faite en laissant ses émotions prendre le contrôle.

— Merci, Seigneur Caedus, reprit-elle.

Elle prit le chemin de la sortie, mais Tahiri lança :

— Attendez.

Caedus la regarda par-dessus son épaule.

— Tu as une bonne raison pour annuler mon ordre ?

— Heu, avec votre permission, Mon Seigneur, dit Tahiri. J’aimerais savoir pourquoi recueillir l’échantillon. Est-ce que cela a à voir avec le nanotueur de l’Empire ?

Avant de répondre, le lieutenant regarda Caedus pour avoir sa permission.

— Allez-y, dit Caedus. Vous devez obéir à mon apprentie comme à moi-même.

— Merci, Mon Seigneur, dit le lieutenant avant de se tourner vers Tahiri. C’est exact, Madame. Comme la prisonnière est la petite-fille de Boba Fett, les Moffs pensent qu’il serait bon de développer une souche qui le cible.

— C’est une bonne idée, dit Caedus.

La peur de Mirta était un nuage bouillonnant dans la Force, et à juste titre. Avec un échantillon de son sang, il suffirait d’une piqûre pour accomplir ce qu’il pensait faire en plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

— Et combien de temps faudra-t-il pour développer cette souche ?

— Le fait qu’ils soient parents proches va rendre les choses assez faciles, annonça-t-elle. Pas plus de trois jours. Peut-être même un seul si nous avons un accès illimité à la prisonnière.

Caedus se tourna à moitié et regarda le visage horrifié de Mirta.

— Je crois que nous pouvons arranger ça, dit-il. Voulez-vous que je lui tienne la tête pour qu’elle n’essaye pas de vous mordre ?

— Ce serait très gentil, Seigneur Caedus. (Le lieutenant s’avança en retirant le capuchon stérile de son kit de prise de sang.) Merci.

— Attendez ! (Cette fois, ce fut Mirta qui annula l’ordre.) Je vais vous dire qui était dans mon équipe.

Caedus leva la main pour arrêter le lieutenant.

— Je me disais bien que tu pourrais changer d’avis, dit-il avec une pointe de Force dans ses mots. Comme c’est touchant. Tu essayes de protéger celui qui t’a envoyé là-dedans.

Mirta ne releva pas son sarcasme.

— Pas d’échantillon, dit-elle en pointant le menton vers l’aiguille qu’il avait à la main. Et j’aurai droit à mon injection. D’accord ?

— Et tu crois vraiment que je vais tenir parole ? demanda Caedus. (La question n’était pas futile. Il était vraiment intéressé par la façon dont le reste de la galaxie le percevait.) Ou as-tu une proposition à faire pour garantir que je le fasse ?

— Ce n’est pas comme si j’avais d’autres choix, mais je te fais confiance, dit Mirta. Pour mentir à une femme dans cet état, il faudrait vraiment que tu sois un sacré sleemo.

L’estomac de Caedus se serra face à cette insulte, mais il se rappela ce qui s’était passé la dernière fois qu’il n’avait pas contrôlé sa colère et acquiesça.

— Si tu respectes ta part du marché, je respecterai la mienne, dit-il. Qui était avec toi ?

— Il n’y avait qu’une seule Jedi, dit Mirta. Ta sœur, Jaina.

— Ma sœur ? tonna Caedus malgré lui. Tu comptes me faire avaler ça ? (Il agita son moignon vers elle.) Que Jaina a fait ça ?

— Je ne sais pas qui a fait ça, mais je n’ai pas vu d’autres Jedi que Jaina. (Mirta ne semblait pas du tout impressionnée par sa colère.) Et ne sois pas si surpris. Elle s’est entraînée avec des Mandaloriens.

— Alors pourquoi n’a-t-elle pas partagé son vaisseau d’extraction ? demanda Caedus avant de se tourner vers le lieutenant. Prenez votre échantillon.

— Quoi ? dit Mirta, véritablement choquée. Tu es un Jedi ! Tu ne peux pas voir que je ne mens pas ?

— Je suis un Sith, corrigea Caedus. Et je n’ai pas besoin de la Force pour savoir que tu mens. Il y avait deux Jedi, là-bas. Je les ai affrontés tous les deux.

Mirta réussit très bien à avoir l’air complètement troublée, y compris dans la Force.

— Je ne sais pas ce qu’il en est, mais il n’y en a qu’une qui soit venue avec nous : Jaina.

— Alors comment Luke est-il entré ? demanda Caedus avant de se retourner vers le lieutenant. Qu’est-ce que vous attendez ? Je vous ai donné un ordre.

— B... bien sûr. (Le lieutenant effrayé s’avança jusqu’au bout du lit, où la prisonnière ne pourrait même pas tenter de la mordre, et releva le drap des pieds de Mirta.) Désolée, Mon Seigneur.

Mirta regarda avec horreur le lieutenant tapoter une veine puis, juste avant que l’aiguille ne soit insérée, elle dit :

— D’accord, Luke était avec nous.

Le lieutenant regarda Caedus, dans l’attente d’instructions.

Il ne lui en donna pas.

— Je le sais. Comment est-il entré dans le forum de préparation ?

— Avec nous. (La réponse de Mirta ressemblait plus à une question qu’à une réponse, et Caedus comprit alors qu’elle mentait encore. Il pouvait même le sentir dans la Force.) Nous avions le contrôle du système de sécurité de Nickel Un et les Verpines nous aidaient...

— Oui, je le sais, dit Caedus. Ce qui m’intéresse, c’est Luke et comment il s’est introduit dans l’astéroïde. C’est ta dernière chance.

Du désespoir apparut dans les yeux de Mirta.

— Je te l’ai dit, expliqua-t-elle. Nous sommes entrés par l’emplacement d’un canon puis nous avons fait exploser un réacteur du cœur pour couvrir notre brèche.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Mirta mentait encore. Caedus le percevait dans son aura de Force désespérée : elle était en grand partie honnête, mais le trompait sur un élément crucial.

— Il y a au moins une partie de ce que tu as dit qui est vraie, dit-il avant de donner l’aiguille au lieutenant. Prenez votre échantillon et faites-lui l’injection. Elle n’a dit que la moitié de la vérité, alors je tiendrai ma parole à moitié.

Mirta commença à l’insulter et Caedus comprit qu’il avait accompli tous les progrès qu’il pourrait faire aujourd’hui. Il fit signe à Tahiri de le suivre puis quitta la pièce et s’engagea dans le couloir vers ses quartiers, perdu dans ses pensées, se demandant comment Luke était vraiment entré dans la pièce.

On en revenait toujours à Luke. Il regardait dans les yeux de Luke lorsqu’on lui avait coupé le bras, c’était son visage qui hantait ses rêves, c’était lui qu’il voyait dans ses visions. Parfois, Luke le poursuivait dans un paysage désertique rempli de flèches et de voûtes, d’autres fois Luke lui enfonçait un sabre laser pourpre dans le cœur... parfois Luke portait la robe noire de Caedus et était assis sur son trône noir d’où il dirigeait son Empire Sith.

— C’était difficile, dit Tahiri en tirant enfin Caedus de ses pensées. Puisque vous comptiez trahir votre parole, pourquoi avoir cherché à vous justifier ? Ce n’est pas comme si quelqu’un allait le rapporter.

Caedus s’arrêta au milieu du couloir.

— Je n’ai pas trahi ma parole, dit-il. Mirta mentait bien.

— Bien sûr, après avoir commencé à lui mettre la pression, dit Tahiri. Mais je n’ai pas senti de mensonge la première fois. Si Luke était là, elle ne savait pas comment il y est arrivé.

— Luke était là, persista Caedus.

— Désolée, dit Tahiri sans vraiment s’excuser. Je ne voulais pas sous-entendre que...

— Non, pardonne-moi, dit enfin Caedus en s’apercevant qu’il n’avait pas tenu compte de ce que la Force lui disait tout ce temps. Je viens de prendre une décision.

Tahiri resta silencieuse, attendant qu’il s’exprime.

— Que Mirta soit transférée sur l’Anakin Solo et informe les Moffs que j’aimerais qu’ils placent leurs hommes à ma disposition et choisissent un comité de commandement pour nous accompagner.

— Très bien, dit Tahiri. Dois-je les informer de notre cible ?

— Mon oncle, dit Caedus en repartant. J’ai peu à peu acquis la conviction que tuer Luke Skywalker est la clé pour gagner cette guerre, et j’en suis désormais certain.